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Guerre en Ukraine




Antonina, de Kiev à Armentières

Publié le 03 mai, 2022
Comme des millions de ses compatriotes, Antonina Koba a fui l’Ukraine aux premiers jours de la guerre. Mais contrairement à beaucoup, elle avait une idée précise de sa destination : Armentières. Au bout du long périple, la chaleur du foyer bienveillant de Patrick Delecour et Sandrine Depoorter.

À Irpin, dans la banlieue de Kiev, Antonina menait une vie paisible, exerçant son métier de psychologue scolaire et vivant dans une coquette maison avec son mari et son fils de 7 ans, Kiril. Le 24 février, tout a basculé avec l’attaque de l’armée russe. Dès le premier jour, elle est confrontée à la guerre. “D’abord j’ai vu les bombes tomber sur l’aéroport. Et puis il y en a eu de plus en plus partout autour”, dit-elle, les yeux rougis. Très vite, Antonina et son mari comprennent qu’il faut partir, mettre à l’abri leur fils Kiril. “Avec un collègue, nous sommes partis chercher ma soeur Ksusha à Kiev, puis nous sommes allés dans un petit village, près de la frontière avec la Roumanie, chez des amis de mon mari. Nous sommes restés là deux semaines. » Deux semaines à espérer ce qui ne s’est jamais produit, la fin des attaques russes. Résignés, le coeur lourd, Antonina, Kiril et Ksusha décident de fuir le pays, où la violence de l’armée de Poutine s’intensifie jour après jour. Le mari d’Antonina, mobilisable dans l’armée, reste en Ukraine, tout comme son frère, militaire dans la logistique, et sa maman, « qui fait à manger pour les combattants ukrainiens. »

Ils passent la frontière roumaine en voiture puis, grâce aux associations humanitaires, montent dans un bus qui les emmène à Oradea, puis dans un autre qui les emmène en Hongrie. Là, Antonina se souvient avoir logé « dans un hôtel surplombant le Danube. » Cruel contraste de la vision romantique dans un contexte tragique. Ensuite, l’Autriche, Vienne, où lui est restée en mémoire l’image « d’un petit garçon qui pleurait. » Scène banale de la détresse humaine causée par toutes les guerres. Depuis Vienne, les réfugiés gagnent Francfort en Allemagne par le train, d’où ils prennent un autre train pour Lille. Cinq jours après avoir quitté, 2400 km plus loin, Irpin, leur ville, leur vie.
Ce qu’elle retient par-dessus tout de ce fatiguant périple, c’est la gentillesse des gens, à chaque étape. « On nous a donné à manger, des vêtements, des jouets pour Kiril… Spontanément en nous entendant parler ukrainien, les gens venaient vers nous proposer leur aide. Ça m’a touché énormément », dit-elle en réprimant un sanglot.

« Comme une grande famille »


Arrivés à Lille le 14 mars, la petite famille retrouve Sandrine Depoorter et Patrick Delecour qui les emmènent enfin dans leur maison d’Armentières, dans le quartier de la gare. Ils avaient déjà accueilli Antonina quand elle était âgée de 9 ans, dans le cadre de l’association Simia, en soutien aux enfants d’Ukraine touchés par la catastrophe de Tchernobyl. « Nous sommes restés longtemps en relation avec Antonina », dit Sandrine. « Avec la guerre c’était normal pour nous de les accueillir à la maison, on ne s’est même pas posé la question. » Antonina a aujourd’hui 32 ans. La maison est assez grande pour loger tout le monde. « Antonina, Ksusha et Kiril ont leur indépendance, mais nous partageons tous les repas », indique Sandrine. À l’occasion, Antonina cuisine des plats de son pays, comme le célèbre bortsch. Des moments de convivialité qui font du bien. « Je suis très contente d’être ici, ils sont très gentils. On est comme une grande famille. » Patrick apprécie : « Ce sont des gens très chaleureux, c’est l’âme slave. On essaye de leur apporter de la joie et ils nous le rendent bien. » Kiril n’a pas tardé à se faire sa place lui aussi. Scolarisé à l’école Sainte-Colombe, toute sa classe lui a fait un beau dessin à son arrivée, il s’est fait des copains. « Il adore faire le clown », sourit Patrick.

Chaque jour, Antonina prend des nouvelles de l’Ukraine, de son mari, de ses parents. La tristesse et l’angoisse sont le lot quotidien des réfugiés, mais pas question pour autant de se morfondre. Antonina et Ksusha aident aux tâches ménagères et prennent des cours de français deux heures par semaine. Antonina perfectionne aussi ses connaissances : « j’étudie la psychologie en temps de crise en lisant des livres dans ma langue natale, sur tablette. » Dès que possible, rentrer au pays pour reconstruire sa vie. Et panser les plaies psychologiques de la guerre.

 

Légende photo - de gauche à droite : Patrick Delecour, Sandrine Depoorter, Antonina, Kiril et Ksusha

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